Rosine au Maroc...

4 Janvier 2010, 16:20  -  #Les aventures de Rosine

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En sortant de l’école j’avais été recrutée par une maison de disque qui créait un studio pour réaliser les photos des artistes, mais l’aventure Pathé-Marconi a tourné court assez rapidement, j’étouffais un peu avec des horaires, un patron, beaucoup de labo, c’était pas mon histoire.

Je bricolais en indépendante pour quelques clients. Je venais de terminer une saison de prise de vue pour un éditeur de cartes postales. J’avais arpenté les plages du Cotentin avec ma chambre Calumet, mes chassis 4x5 inch, mon pied Gitzo et mon voile noir le tout entassé sur une charrette, je crois même que j’avais un tabouret calé par dessus, mon harnachement brinqueballait quand je roulais sur le sable, assez folklorique mais rentable. La saison finie je travaillais un peu pour un décorateur et j’avais transformé une pièce de mon appartement en labo ou je faisais mes tirages Noir et Blanc, ma hantise c’était le glaçage, j’ai tout essayé sans succès, il y avait toujours une bulle. J’y passais des nuits.

Un jour j’étais au labo, je reçois un coup de fil d’un copain qui cherchait un photographe pour partir au Maroc. Je n’ai pas réagi tout de suite, non je ne voyais pas qui pourrait être intéressé, je suis retourné à mon travail un peu fastidieux et puis l’information est arrivée jusqu’à mon cerveau, j’ai immédiatement rappelé pour dire que si,si, je connaissais un photographe et que c’était moi.
J’ai rencontré le patron, un drôle de zèbre, qui n’ayant pas eu d’autres candidatures, à accepté à contre-cœur d’embaucher une femme.

C’est ainsi que j’ai débarqué à Rabat au Maroc en novembre 1969.

Les Studios du Souissi, anciens studios de cinéma, fournissaient à l’ O.C.E. (Office Chérifien d’exportation) tous les agrandissements qui décoraient les stands du Maroc sur les foires internationales. J’étais chargée de réaliser les photos. Je devais donc courir le pays pour trouver les plus beaux produits que je photographiais dans les plus beau palais. C’était le rêve absolu et avec cette carte de visite les portes des palais s’ouvraient.
Le quartier du Souissi à Rabat était le quartier des ambassades et nous étions logés dans des bungalows construits au milieu d’une orangeraie. Imaginez la petite parisienne qui quitte sa grisaille pour arriver en plein soleil au mois de novembre au milieu des orangers en fleurs !!!!! C’est inoubliable.
Alors le patron pouvait bien être odieux et il ne se gênait pas, avant de rentrer dans son bureau, je passais mes mains dans une haie de romarin et ce parfum me rendait insensible à son mépris et à ses reproches. Décidément une femme photographe c’était pas son truc. Enfin j’étais là et faute de mieux, je faisais le travail .
J’ai couru le Maroc en quête de scènes typiques, de beaux paysages,
des meilleurs artisans, de belles usines aussi bien sûr,
idéal pour découvrir un pays.

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Et puis est arrivé un grand type, photographe, beau garçon, né au Maroc et rentré en France à la fin du protectorat, parlant arabe.
Il était là pour s’occuper du labo.
Nous avons très vite fait équipe et un peu plus.
Chaque week-end nous partions avec sa 2CV  pour des aventures que je n’aurais pas pu faire seule.
 

C’est ainsi que nous avons vécu le moussem des fiancés
à Imilchil dans le sud du Maroc.

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Un moussem c’est à la fois une fête religieuse et une grande foire. A Imilchil ça se passe fin septembre,au milieu de nulle part à 2000 m d’altitude, dans le petit village d'Aït Ameur, à une vingtaine de kilomètres d'Imilchil, chez les ait Hadidoud, tribu berbère du haut atlas central marocain. C’est l'occasion pour toutes les tribus berbères de se retrouver avant la période des neiges qui les coupera du reste du monde, des mois durant. Les femmes choisissent parmi les célibataires ceux qui deviendront leurs maris pour une année (si mésentente conjugale il y a) ou pour toute la vie.
Pour l’accueil des quelques touristes, c’était assez sommaire : de grandes tentes, installées par l’armé, les toilettes dans la nature et la « salle de bain » à la rivière, mais la table était inoubliable, ah ce méchoui mes amis !!!!!!!!

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En peu de jours, une ville de tentes se monte. On y trouve tout ce dont une famille peut avoir besoin, le couturier, l’arracheur de dents, les médecines traditionnelles, le bijoutier, le forgeron, sans oublier la foire aux bêtes ; et puis les fiancées, parées de leurs plus beaux vêtements et bijoux, les jeunes filles avec leur coiffe ronde et les coiffes en pointe pour celles se sont déjà mariées mais qui reviennent pour trouver un meilleur parti, ce qui donne lieu à des palabres sans fin. Quand l’homme arrive à convaincre la femme elle s’assoit par terre et le mariage est enregistré jusqu’à la prochaine fois si l’union n’a pas été heureuse.

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« Depuis 2003, le Festival de la musique des cimes d’Imilchil célèbre le patrimoine culturel des populations des montagnes ». Selon les organisateurs, cet événement a été créé dans le but de « défolkloriser » le moussem d’Imilchil et de donner un nouveau souffle à la région. J’imagine les cars de touristes et les jeunes filles parées monnayant leur image ….dommage.

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Tout roulait, jusqu’au jour ou j’ai reçu ma lettre de licenciement. Christian, le grand type responsable du labo devenu mon compagnon était nommé à ma place, petit pied de nez du destin, il était temps de rentrer en France à contre-cœur.


Les photos réalisées au cours de mes ballades, m’ont ouvert les portes d’une agence, mais les clients ne se précipitaient pas, il fallait gagner leur confiance.
Là, j’ai connu quelques années de galère. Heureusement, l’édition marchait bien, Larousse publiait des fascicules sur la France toutes les semaines ce qui donnait du travail à plein de photographes. Petit à petit, j’ai gagné mes galons de photographe illustrateur.

Je suis souvent retournée au Maroc par la suite et à chaque fois j’ai retrouvé les émerveillements de ce premier séjour, les odeurs, la foule bruyante, les balek, balek des livreurs avec leurs ânes pour se frayer un passage dans les ruelles de la médina et l’appel du muezzin à la prière à la tombée du jour.

 

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                                                          © Rosine Mazin     , photos et texte.

 

 Les nouvelles aventures de Rosine ...à suivre...

 

 

 

 

Rosine 16/11/2011 18:47



Je viens juste de retrouver dans un de mes nombreux classements , toute une série de photos de ce grand type et j'aimerais bien te les donner. Laisses moi au moins ton mail sur l'adresse du blog,
pour que je puisses reprendre contact avec toi.


Rosine



CHRISTIAN 11/11/2011 23:40



je ne savais pas que, au moins a l'époque, j'étais un grand type plutot beau garçon



PLAUT 19/03/2010 18:24


bravo pour ce reportage Rosine .nous partons fin avril avec notre belle fille qui est originaire du sud marocain je lui montrerai tes photos


Guy 27/01/2010 12:02


Rosine j'aime bien tes photos , elles sont superbes et je t'aime bien en photo.
Une vraie découverte d'une exploratrice des cultures. Absolument passionant.
Guy


Christian 15/01/2010 18:51


Fin d'année 2009 et début 2010 chargés, je viens seulement de lire les nouvelles avantures de Rosine au Maroc. Après Jérusalem et le Maroc, où nous emmeneras-tu Rosine ? Et dire qu'à cette même
époque je travaillais en 2ème sous-sol à l'hôpital Broussais comme photographe dans un labo de recherche scientifique. J'ai quand même tenu 5
ans avant de démissionner pour retrouver la lumière du jour et un autre job.


Jacques Masse 06/01/2010 16:22


Bravo Rosine !
Encore une belle page d'aventures professionnelles et personnelles qui enrichit le puzzle de nos souvenirs collectifs. Verve, humour et exotisme garanti, nous attendons la suite avec
impatience...


Michèle 06/01/2010 14:44


Eh oui, Gérard laisse nous de la place ! mais non je rigole. Rosine tu es bien mignonne sur la 1ère photo et tu illustres bien ton aventure marocaine. Belles images et beau parcours.  Philippe
a aussi bien présenté les choses, comme d'hab. T'en as encore d'autres Rosine ?  moi aime bien. Minouche


Gérard 05/01/2010 03:05


Sacrée Rosine, quel allant, je m'en doutais depuis que j'ai croisé un de tes livres à l'île Maurice, dans les années 90. 
Tu es partie au Maroc l'année et le mois où je suis "reparti" en RCI. On s'est peut-être croisés à Roissy CDG!
On attend la suite car ton texte est aussi savoureux que tes images... mais je dois laisser un peu de place aux amis(es) pour les commentaires...  
A vos plumes vouzôt.