Jardins d'avenir par Rosine Mazin

23 Juillet 2011, 15:32  -  #Découvertes

Je suis allée faire un tour à Chaumont sur Loire au Festival des jardins qui avait pour thème cette année: "La biodiversité"

Rosine Mazin

  

26 jardins sont à visiter tous les jours jusqu'au 16 Octobre.

Rosine nous propose d'en découvrir 12 .

 

Les légendes sont extraites du site du Domaine de Chaumont -sur-Loire

 


Sculptillonnages 

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Le principe de ce  jardin inventif est simple : le « sculptillonnage », en référence aux hortillonnages, est une sculpture végétale ou animale qui indique au jardinier les espaces de biodiversité, les limites de sa tonte, les circulations..., tout en dessinant une forme artistique et ondulatoire. Outre son aspect esthétique, il a une vocation d'abri pour les animaux, pour nourrir, donner à boire et faciliter la vie au jardin de tous ses auxiliaires. Il est réalisé dans un matériau simple, rustique, un grillage à mailles hexagonales, détourné de son utilisation première, l'élevage de poules.
Principaux acteurs de ce jardin, les « Champicomposteurs » jouent le processus de la décomposition de la matière organique pour faire renaître la vie. Ils donnent, aux petits comme aux grands, une image souriante et simple du compostage, non plus comme une contrainte, un cout en temps, en énergie.
Leur remplissage fait partie de l'&œlig;uvre et varie : le grand est rempli des tontes, des déchets ramassés et découpés en alternant les couches pour respecter le meilleur rapport Carbone /Azote et mettre en valeur l'esthétique des textures et des couleurs, un autre est opaque et utilise les bactéries anaérobies (qui n'ont pas besoin d'oxygène pour se développer), le petit est uniquement rempli de BRF (bois raméal fragmenté).
Autres innovations artistiques au profit des animaux : le « Papiliolilium » (abreuvoir à papillons), le « Soliculusinsectus » (tournesol abri à abeilles solitaires), fleur d'ail, fleur de grillage (réservoir à nourriture pour oiseaux), des coccinelles et un puceron vert.
L'eau est présente dans ce jardin par une collection d'anciens arrosoirs qui rappelle l'importance de la main de l'homme dans le jardin.
Allier création artistique et développement durable, magnifier le geste du Jardinier dans la biodiversité, tel est le double enjeu de ce jardin.

 

Création :
Corinne Julhiet-Detroyat, paysagiste.
Claude Pasquier, architecte-paysagiste

Lucy in the sky

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« Lucy1 in the sky » nous entraîne en ville sur le toit d'une tour et met en évidence tous les possibles d'un jardin urbain hors-sol.
Comment ne pas être fasciné par ces plantes qui, il y a plus de 100 millions d'années, étaient terrestres et qui pour survivre dans un environnement hostile se sont transformées pour quitter leur état de terrestre et atteindre celui d'épiphyte2 ? Et comment ne pas être reconnaissant à Lucy d'être enfin descendue de son arbre érythréen, 99 millions d'années plus tard ?
Aujourd'hui, les abeilles ne supportent plus leur condition d'honnêtes ouvrières agricoles butineuses et meurent en rase campagne sous l'effet conjugué des insecticides appliqués au tournesol, mais ou arbres fruitiers. Si la moitié survit, celles qui ont rejoint la ville prospèrent, nous dit-on, dans les ruchers qu'on leur installe sur les toits de nos cités.
Les hommes aussi se réfugient dans les villes pour y chercher les ressources que leur campagne ne peut plus leur donner. Cependant leurs  jardins peinent à se trouver une place au soleil. Aussi devront-ils s'adapter tels les épiphytes en prenant de la hauteur. Le jardin du futur est sur la ville. Il la contemple et par-delà contemple son grand paysage. S'il est déraciné, il s'adapte et emprunte à la technique ses ressources : culture hors-sol, palette des épiphytes, hydroponie3, tapis végétalisés, énergie solaire, brumisation.
Ainsi, l'une des plus grandes découvertes de biodiversité est bien encore à ce jour la richesse de la canopée, jardin hors-sol sur le toit des forêts primaires. Après la pharmacopée, le jardin s'intéressera à ce vaste monde pour le toit des villes. Le végétal colonisera la ville et se nourrira de son eau, de son air et de ses déchets. Quant aux jardiniers,  ils seront là pour orchestrer cette symbiose au sein de l'écoumène4 et en apprécier la diversité des bienfaits.

1 Lucy : notre ancêtre, descendue des arbres.
2 Epiphyte : Les épiphytes, plantes dont les racines s'ancrent à la surface d'autres plantes, vivent sur la canopée et montrent une grande variété d'espèces appartenant à différentes familles comme les Orchidaceae, les Bromeliaceae, les Cactaceae, mais aussi des fougères. Elles fabriquent leur propre sol en piégeant la matière organique morte et les poussières. Leur position élevée leur permet d'accéder à la lumière. Les racines pendent dans le vide pour certaines espèces et absorbent l'eau qu'elles mettent en réserve. Ces végétaux très éloignés entre eux au niveau de la classification botanique montrent différentes adaptations pour assurer ainsi leur survie pendant des périodes de sécheresse occasionnelles. Les broméliacées, comme les genres Achmea, Vriesa, emmagasinent l'eau dans le cœur de la plante pour assurer un approvisionnement régulier de celle-ci. Certaines s'associent à des fourmis pour se protéger des attaques d'animaux prédateurs.
3 Hydroponie: culture des plantes réalisée sur substrat neutre et inerte (de type sable, billes d'argile, laine de roche, ...). Ce substrat est régulièrement irrigué d'un courant de solution qui apporte les sels minéraux et nutriments dont la plante a besoin.
4 Ecoumène : notion géographique pour désigner l'ensemble des terres habitées ou exploitées par l'homme.     

Création :
Chilpéric De Boiscuille, Raphaëlle Chere, Pauline Szwed et Benjamin Haupais.


Le jardin à emporter

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Et si nous concevions nous-mêmes le jardin de demain, multiplicateur de biodiversité ?
Imaginez un monde où chaque citoyen a l'opportunité de prendre soin de son propre micro-habitat. Des toits en terrasse aux parcs de stationnement, des jardins suburbains aux décharges industrielles - aucun espace n'est trop petit pour un sac, avec un seul arbre et un écosysteme connexe. Au lieu de se sentir démuni face à la perte de la biodiversité, s'occuper juste d'un sac représente un petit pas qui mêne vers le retour du respect et de la responsabilité envers l'environnement.
Les plantes et les sacs sont arrivés dans un camion, qui est garé sur une prairie naturelle, afin d'encourager les papillons et toutes autres espèces sauvages. Normalement, les sacs sont utilisés pour transporter des matériaux de construction et ne sont plus réutilisés après. Ici, une nouvelle vie leur est donnée sous forme d'un verger, d'une forêt, d'une lande maritime, d'un petit bois, d'une haie et d'un marais - les habitats dans un sac.
Les sièges et l'œuvre d'art dans le jardin fournissent des points de contemplation et renforcent le message. selon lequel nous pouvons tous faire la différence...

 

Concepteurs
Steve Papps, paysagiste, Jo Chapman, artiste et Jackie Bennett, rédactrice de « The Garden Design Journal »


Le jardin des bulbes fertiles

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Parce que la biodiversité prend toujours racine dans la qualité d'un sol, le jardin des bulbes fertiles donne à sentir la richesse du travail souterrain. Il exprime la simplicité du coin du compost pour faire écho au cycle de l'humus.
La majesté de ces bulbes géants éveille la promesse de germinations futures et rend visible le travail caché du sous-sol (décomposition, fermentation, réorganisation, réutilisation). Ils proposent une ode à la biodiversité domestique, celle dont on peut tous prendre soin.
L'étrange présence des formes tissées, leur gonflement, l'interrogation sur leur contenu, la lumière qu'elles accrochent formidablement composent un univers chaleureux.
Les bulbes donnent envie de s'arrêter, de savourer quelques instants la multitude des végétaux et des floraisons oranges qui en émergent.


Concepteurs 

Xavier Bonnaux, Stéphane Berthier, Clément Boucher, architectes.Fabien Gantois, architecte, Etienne Panien, paysagiste,Olivier Duraysseix et Guillaume Pezet, jardiniers.


Entre ciel et terre

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 Wang Xiangrong crée en son jardin un « paysage brumeux », en référence à l'archétype du jardin chinois développant un sentiment de « poésie brumeuse » et de sérénité.
Pavillons, terre et eau, couleur rouge, ciel bleu et nuages blancs constituent des constantes dont se joue ce jardin très contemporain. 

 

Concepteur
Wang Xiangrong, paysagiste, Chine 


  Célébrons et tissons la [bio]diversité

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 Source d'inspiration universelle, la nature orne comme une évidence nos vetements et nos intérieurs. Avec une grande diversité de tissus et de végétaux, le jardin joue sur cette richesse des formes et des textures des tissus et des végétaux.
Au ciel, un patchwork de motifs floraux et végétaux symbolise les particularités des hommes, leurs aspirations et inspirations communes.
Au sol répond à cette diversité, comme en miroir, la biodiversité, avec une multitude de pots et plus de quatre-vingt espèces de végétaux. Le jardin s'articule autour d'un arbre, auprès duquel les visiteurs peuvent s'asseoir.

Jouer sur l'esprit festif et communautaire, inviter le visiteur à célébrer la nature, le séduire par cette (bio)diversité heureuse, modèle de rapprochement entre les hommes, tel est le pari de ce jardin poétique,  euphorique et ludique.


Concepteurs
Sandra DUFOUR, artiste textile, Simon VISCONTI, architecte et Manon BORDET-CHAVANES, ingénieure paysagiste 

 

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  La nature des choses

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Quand la nature reprend ses droits ...
Le prototype d'une  maison contemporaine se détache sur une pelouse verte très entretenue. Ce premier espace entièrement sous contrôle est le reflet d'une nature domestiquée et jardinée qui a aujourd'hui remplacé la nature sauvage et spontanée.
Attiré, le visiteur suit le chemin tracé vers la maison, franchit le seuil et entre alors dans un habitat où la nature reprend peu à peu ses droits. Véritable passage de l'artifice à la nature, du statique au dynamique, le visiteur prend conscience du bien-fondé d'un habitat naturel « biodiversifié ».

A l'intérieur, le maître mot est « équilibre ». La nature coexiste avec l'être humain et le végétal se développe en dialogue avec le mobilier intérieur. Une richesse des échanges se crée entre ces deux territoires, entre notre habitat intime et celui de la nature. Pour exemple, une mare se forme sous la baignoire, un potager reprend ses droits dans la cuisine, une prairie sauvage se développe sur le sol. Ce dialogue entre le végétal et l'homme crée peu à peu un habitat végétalisé : un jardin d'avenir et de biodiversité, où l'homme et la nature vivent ensemble, sans contrôle de l'un sur l'autre.

 

Concepteurs
Soline Portmann, Aurélie Zita et Mioko Tanaka, scénographesN391527


Biodiversité bleue 

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Ce jardin constitue une variation sur les multiples possibilités chromatiques offertes par les plantes. Il joue tant sur la diversité des végétaux que sur celles, infinies, des nuances de bleu.

Dialogue subtil des végétaux et des pierres colorées délicatement mis en scène, comme des marches de couleur.

 

Jardin réalisé avec le concours d'Agrocampus Ouest à Angers.


Le jardin méditérranéen 

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Lieu de repos et de méditation dans une ambiance méditerranéenne.

Ce jardin a été conçu par les équipes du festival en liaison avec les étudiants de l'Institut National d'Horticulture d'Angers (I.N.H) et plonge le visiteur dans une atmosphère méditerranéenne ou buis, palmiers, oliviers et murets de pierre sèche incitent à la rêverie.

 

Jardin réalisé avec le concours d'Agrocampus Ouest à Angers et Bernard Chapuis


Le jardin pixellisé 

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Ce jardin imagine le futur comme étant en développement technique continu et joue comme avec des pixels colorés, rien ne pouvant mieux transmettre la couleur que les plantes. Cette interprétation du futur intègre totalement la protection de l'environnement qui a enfin trouvé un moyen d'entrer dans la conscience de chacun.  Conçu en tenant compte des besoins de l'environnement, ce jardin est durable, avec un impact réduit ou nul, utilise de l'eau avec parcimonie et se sert de matériaux récupérés, recyclés et réutilisés.
En tant qu'élément principal, l'eau ne pouvait pas être omise, même d'un jardin du futur. L'eau représente notre ressource la plus précieuse et mérite clairement une place centrale, dans un étang. L'eau, c'est aussi l'origine de la vie. Tout au long de son propre cycle, elle est une source de vitalité universelle. Des tambours recyclés et colorés vivent alors une nouvelle vie sous forme de containers pour les plantes aquatiques, qui purifient et oxygènent, à leur tour, l'eau. L'eau est agitée et oxygénée par un système rudimentaire mais écologique actionné par des éoliennes.

 

Création :
Mattéo Pernigo, architecte,Claudio Benna, paysagiste. Italie


L'envers du décor 

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Et si vous deveniez un insecte et si vous entriez dans la peau de la terre ?
Ce jardin est un voyage dans le ventre d'une tanière, le refuge d'un animal quelconque que les visiteurs traversent ou s'approprient.
Les approches sont multiples : se sentir taupe ou ver de terre en pénétrant dans un tunnel, mélange de terre et de branchage, synthèse d'un nid et d'un terrier. On peut aussi le parcourir en profitant des événements qui l'animent ou encore observer, le corps sous terre et la tête à fleur de tige, les traces laissées par les animaux, leurs habitats, les différents écosystèmes représentés.
Ce jardin exprime le désir de plonger un instant dans cette peau de la terre qui a inspiré tant d'imaginaires, mais il exprime aussi la voluptueuse envie de se laisser envelopper par un torchis un peu bestial.

Le jeu est d'offrir un point de vue bouleversant sur une biodiversité qu'on piétine et qu'on se donne rarement le temps d'observer, tout en envoutant les visiteurs, qui vont se transformer en orthoptères, hémiptères, passeriformes

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Concepteurs
Anne Blouin et Alessandra Blotto, paysagistes


 Le pollen exubérant 

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De l'importance du pollen ...
Pour imaginer l'avenir des jardins, nous nous tournons inévitablement vers leur passé. Nos cultures naguère riches et variées ont été enracinées dans l'infinie diversité des jardins. C'est en eux que demeure la nourriture et la survie : non seulement la nôtre, mais aussi celle de centaines, peut-être de millions de créatures, dont les vies sont entrelacées avec nos propres modèles incroyablement complexes. L'agriculture contemporaine tend vers la standardisation et la réduction des espèces végétales. Ce jardin propose une exploration de l'héritage des jardins anémogames1. Il met en évidence la circulation du passé dans le futur, la stratification de l'histoire, le travail acharné et les accidents heureux. Loin d'être une culture monotone, le jardin de pollens et de graines exprime la nature polymorphe du gène et l'infini de ses possibles. Les graines d'héritage se mélangent joyeusement avec des compagnons nouvellement hybrides et les plantes insectivores, ce qui crée des possibilités et des espaces de vie pour toutes les sortes de faunes. Le pollen, qui capture l'histoire de chaque plante et ses ancêtres, chevauche le vent afin de créer une nouvelle mosaique et des nouvelles combinaisons de vie.

1 Anémogames: adjectif qualifiant un mode de reproduction des plantes dans lequel le pollen est essentiellement véhiculé par le vent.

Concepteurs

SOLA - Yekaterina Yushmanova, architecte paysagiste et Ruth Currey, conceptrice-paysagiste -, Etats-Unis & Canada


 Domaine de Chaumont-sur-Loire , festival des Jardins :

 Thème 2011 : « Jardins d’avenir ou l’art de la biodiversité heureuse »

 Affiche festival international des Jardins 2011 de Chaumont-sur-Loire

La diversité fait le plaisir des découvertes, la beauté des paysages, la rencontre des langages et la richesse des échanges. Elle enchante le monde et nourrit de nos différences  la possibilité d’un monde partagé. Source et finalité, expression d’une nature originelle, d’une transformation et d’une organisation, de l’utilité ou de l’agrément, le jardin réunit à lui seul toute la richesse du monde, tout ce que la nature nous donne et tout ce que siècle après siècle les savoirs et les histoires y ont apporté de transformations, d’ordres et de rites, de création et d’expressions. Le jardin célèbre la diversité des hommes et de la nature, des espèces vivantes, de leur coexistence et de leur nécessaire équilibre. 
 

Guy 24/07/2011 11:44



Rosine très bien. Je suis un peu comme Gérard, je vois une belle application dans un pays tropical comme l'Australie avec l'arrangement dans l'image "L'envers du décor " Très simple a faire avec
des bambous fins, cela permettrait d'avoir un tunnel d'ombre et en même temps cela permettrait à la brise de passer a travers les bambous. Guy



Gérard Petiot 24/07/2011 02:17



Il y a là quelques idées et concepts qui pourraient bien me servir prochainement avec en plus une touche tropicale...


Merci Rosine pour ce reportage qui a retenu ici l'attention d'une botaniste. Quand on lit " biodiversité heureuse ", ça nous change des chiffres, graphiques et
pourcentages sur le développement, le PIB, le " marché " et autres crises crises monétaires à la noix. Vive les fleurs, les arbres, les jeux d'eau, les roches les réjouissantes couleurs de la
nature.