Une exposition qui paye (4)

22 Août 2009, 21:31  -  #VU d'ailleurs

Un enfant quitte Paris

Il s'en va vers les merveilles

les merveilles de ces pays

où l'oiseau fait encore son nid...

Jean Ferrat

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Histoire d'une expatriation

 Par Gérard Petiot


Quatrième épisode : Une exposition qui paye

Me voici donc pour vingt mois au beau milieu de la savane Baoulé , au bord du fleuve Bandama pour mon premier séjour en terre africaine.

A cette époque l'écologie n'avait pas encore été phagocytée et ridiculisée par la politique, je me suis donc trouvé entouré de scientifiques français passionnés et d'autochtones des villages avoisinants auprès desquels j'ai pu découvrir l'immense richesse et l'équilibre fragile d'un milieu naturel.

Pour découvrir la Station de Recherche de LAMTO, je vous recommande de consulter: http://lamto.free.fr/presentation/presentation.fr.html


C'est là que j'ai appris l'hospitalité; j'ai aussi appris à construire des ponts en troncs de palmier rônier, à piloter hors piste des véhicules tout terrain, à naviguer en pirogue, à sauver et apprivoiser des animaux sauvages blessés ou orphelins et j'ai aussi découvert deux activités indispensables à la survie en milieu tropical: la sieste et la douche. C'est là aussi que ma fille à fait ses premiers pas, sur la piste en latérite de la station. Parce que je n'étais pas parti tout seul!

Ce n'est pas mon propos de vous conter ici les multiples aventures que j'ai vécues en vingt mois, alors juste un exemple: Un jour ou le campement était presque désert et sans véhicule, j'ai dû m'improviser sage-femme pour couper proprement un cordon ombilical, la maman Baoulé ayant accompli son travail toute seule dans sa case, à la suite de quoi le bébé a été prénommé Gérard!

C'est là encore que je devins ami avec une très vieille femme Baoulé, la « Reine de Moronou », tante et conseillère du Président Houphouët Boigny. Quand j'allais lui rendre visite au village, on s'asseyait sous un manguier, elle prenait ma main dans la sienne et nous papotions en buvant de la bière tiède ou du vin de palme. Lors de ses funérailles en présence du Président, j'ai été autorisé à pénétrer dans la case funéraire, remplie de piles de pagnes neufs et de statuettes en bois ornées de feuilles d'or, mais je ne puis vous en dire plus.

Je descendais une fois par mois à Abidjan dans un vieux « 1000 kilos Renault » pilotée par mon chauffeur Koffi faire un ravitaillement très hétéroclite auquel s'ajoutaient les listes de courses personnelles des résidents.

Et bien entendu, j'ai fait ma première vraie mission en brousse, dans un Land Rover « fatigué » et accompagné d'un botaniste et d'un entomologiste.



Nous étions chargés d'aller au sommet du Mont Nimba (zone forestière et frontalière, habitée à ce temps là par des Yakoubas pas commodes) et d'en rapporter vivants des crapauds vivipares « nectophrynoides occidentalis» et de les faire parvenir en bonne santé à l'E.N.S. de Paris dans les plus brefs délais, par avion. Un défi contre la chaleur, les petites bêtes vivant au dessus de 1200m d'altitude.
http://www.batraciens-reptiles.com/nectophrynoides_occidentalis.htm


Et bien entendu, je faisais des photos: Oiseaux, insectes, mammifères, feux de brousse de jour et de nuit, biotopes, etc. pour mon compte.


C'est alors que m'est venue l'idée de monter une exposition photographique à Abidjan. Mon but était de me faire connaître sur place parce que mon contrat n'était pas renouvelable, c'était prévu, et j'avais envie de rester en RCI.


Thème de l'expo:  « La Photographie au service de la Recherche ».


« Happy Go Lucky », j'ai présenté mon projet à Mr Renaud Paulian, à l'époque Recteur de l'Université d'Abidjan qui m'a assuré de tout son appui. Je planais. L'Université d'Abidjan m'a assuré de toute la logistique nécessaire et même plus. Au départ, je me proposais de présenter uniquement mes modestes photos, puis poussé par des chercheurs enthousiastes et le Recteur lui-même, j'ai fait venir des agrandissements géants du CERN où j'avais quelques accointances, on a reçu des photos de la Nasa, et des tas d'autres documents d'instituts de recherches (IRHO, IRCA, ICRAF, Institut Pasteur, etc. opérant en Afrique. L'expo devint imposante et connu un beau succès.


Alors, je fût appelé par le directeur du Centre ORSTOM d'Adiopodoumé (Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre Mer) qui avait un labo photo servi comme-ci comme-ça par un chercheur photographe amateur. Il avait besoin d'un photographe professionnel à la disposition des labos de recherches. Il y en avait une flopée, de A pour Agronomie à Z pour Zoologie. Du bon boulot en perspective, c'était ma tasse de thé.


Je n'avais plus qu'à terminer mon contrat présent et à me rendre à Paris pendant mes 4 mois de congé pour signer avec l'ORSTOM.

Je vous retrouverai donc à Paris dans le métro, EN TÊTE DU VAGON DE QUEUE à la Gare de Lyon... pour le Cinquième épisode.

A suivre...

Bertrand MONFORT 15/03/2014 13:00


Bonjour Gérard,


Merci pour ce récit et ces photos qui m'évoquent des souvenirs encore très familiers, même si mon séjour à LAMTO pour une thèse d'Ecologie dirigée par Francis HALLÉ et Yves GILLON s'est déroulé
de 1981 à 1983 !!


Et, détail incroyable : j'ai bien connu et beaucoup roulé avec la Land Rover beige qu'on voit sur une photo !! Annecdotes à la pelle à partager prochainement j'espère ;-)


J'appércierais que nous puissions entrer en contact.


Bien cordialement


Bertrand

minouche 23/08/2009 12:32

Coucou Gérard, C'est vrai , tu en as fait des choses passionnantes, et c'est toujours sympa de suivre tes aventures. On s'y croirait  .. Juste un  tout petit pincement pour moi qui suis restée scotchée près des miens  dans mon petit univers.. Un peu tard pour bouger maintenant .... Mais  " non rien de rien , non je ne regrette rien .."t'es sûr que pour Noirmoumou, c'est non ..?

Christian 23/08/2009 00:01

Salut Gérard, ta vie professionnelle est un véritable roman, on a hâte de connaitre la suite. Au cours de cette vie de photographe scientifique as-tu rencontré des gens du MNHN (Museum National d'Histoire Naturelle, pour les non initiés) du labo d'Entomologie, ou de Malachologie  ou d' Ichyologie ? Mon épouse a travaillé de nombreuses années rue Cuvier au labo de Malachologie.Tu disais que tu aimerais connaître un peu notre parcours professionnel. Tu sais, mes 5 années passées au 2ème sous-sol de l'hôpital Broussais comme photographe scientifique n'ont rien a envier à la richesse des expériences que tu as vécues. Je dois avouer que c'était pour une noble cause, de 1967 à 1972 j'ai travaillé dans un labo de recherche sur le cancer où je fesais macro et micro-photos. Ce labo effectuait des recherches sur les cancers mammaires et j'ai même été amené à fabriquer une machine à traire les souris ! Oui !(la photo mène à tout !). Le 2ème sous-sol me pesant quelque peu et comme j'avais aussi du mal à payer mes tiers provisionnels, j'ai démissionné et suis entré en photogravure où je me suis fait une place au soleil, mais ceci est une autre histoire ...Christian

Pons Philippe 22/08/2009 23:13

Gérard,merci pour ce nouvel épisode qui m'a demandé un peu de temps pour le mettre en ligne, mais quel régal.J'attend la suite.